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Les terres rares : entre respect de l’environnement et développement de l’univers digital

Peu connues du grand public, les terres rares sont pourtant manipulées tous les jours par toute personne en possession d’un smartphone ou d’une télé. 

Quelles sont-elles ? A quoi servent-elles ? Pourquoi font-elles l’objet d’un enjeu aussi stratégique ?

Les terres rares ? Késako ?

Les terres rares sont des éléments naturels. Ce sont 17 métaux, référencés dans deux familles distinctes du tableau périodique. On y retrouve le scandium, l’yttrium et les quinze lanthanides. 

Si leur nom n’évoque pas grand chose, les terres rares sont pourtant aujourd’hui essentielles dans la production de nos outils digitaux. Elles sont présentes dans la conception des téléphones, des télés, des batteries des voitures électriques, des écrans LED ou encore dans un autre domaine tel que les éoliennes. 

A titre d’exemple, pour le téléphone portable, les terres sont employées pour polir l’écran et le rendre parfaitement lisse. Par ces quelques explications, il est donc plus aisé de comprendre le caractère stratégique des terres rares. Sans elles, plus de production d’appareils digitaux.

Les terres rares sont-elles… rares ?

Contrairement à ce que leur nom indique, les terres rares ne sont pas rares. on les retrouve un peu partout.

En 2019, la Chine aurait disposé d’un stock d’environ 44.000 tonnes de terres rares et, en deuxième position à ex-aequo, le Brésil et le Vietnam en auraient disposé de 22.000 tonnes. Les principaux sites d’exploitation se situent donc en Chine,  à Bayan Obo, dans la province de Shadong et celle de Jiangxi. 

En quantité, les terres rares ne sont donc pas rares. Certains éléments sont même aussi présents que le cuivre. Néanmoins, un élément d’explication peut être apporté : il est nécessaire d’extraire énormément de minerais pour en retirer des terres rares.

Quel est l’impact de l’exploitation des terres rares sur l’environnement ?

Comme indiqué par Guillaume Pitron, journaliste spécialisé dans la géopolitique des matières premières, “Dans les années 1950, on dénombrait une douzaine de métaux dans nos bons vieux téléphones fixes. Dans les années 1990, les GSM de la taille d’une brique comportaient 29 métaux. Le smartphone d’aujourd’hui, beaucoup plus petit, contient paradoxalement jusqu’à 55 métaux.”

Ces chiffres symbolisent l’importance des terres rares aujourd’hui. Néanmoins, si elles sont foisonnantes, elles ne sont pas sans conséquence sur l’environnement. En effet, pour extraire les terres rares, l’Homme a recours à de nombreux éléments chimiques et, notamment, à l’acide sulfurique et à l’uranium. 

Ces produits chimiques sont rejetés directement dans les eaux, les nappes phréatiques et se répandent donc, au final, dans les cultures. On les retrouve donc indirectement dans nos assiettes. 

Si les processus d’extraction sont donc nocifs pour l’environnement, ils le sont également pour les ouvriers travaillant dans ces mines. En effet, le taux de radioactivité évalué dans les alentours de la mine de Baotou, en Mongolie intérieure, est 32 fois supérieure à la normale. Notons, à titre d’exemple, que le taux à Tchernobyl était estimé “seulement” à 14 fois supérieure au seuil normal.

Cet impact sur l’environnement et l’Homme a poussé de nombreux pays, tels que les Etats-Unis ou le Canada, a fermé ses exploitations de terres rares. La Chine,en 2020, détenait quasiment 60% de la production mondiale et donc le monopole sur l’ensemble du globe. 

Profitant de cet atout majeur, et face à la demande croissante pour ces matériaux,  le prix des terres rares a flambé. Le néodyme a connu une augmentation de 27%, le terbium de 17%, ainsi que le dysprosium. 

Face à cette escalade des prix, de nombreux pays ont décidé de relancer leur production de terres rares, comme les Etats-Unis, afin de ne plus être dépendant de la puissance chinoise. 

En 2019, les États-Unis ont donc lancé un vaste programme, constitué de six actions, pour s’extirper des entrailles de l’Empire du milieu.

Quelles alternatives aux terres rares ?

Dans un premier temps, à court terme, de nombreux pays occidentaux se focalisent sur le recyclage des terres rares utilisées dans les produits digitaux. Cette première option représente une importante opportunité tant la consommation de smartphones, à titre d’exemple, est importante. En effet, la durée moyenne d’un téléphone est de deux ans, alors qu’ils sont en règle générale toujours fonctionnels. Cette surconsommation est évidemment poussée par les industriels, tels qu’Apple ou Samsung, qui proposent de nouveaux produits chaque année. 

Les entreprises aujourd’hui ont les connaissances et compétences pour extraire les matériaux d’un smartphone pour les recycler mais ce processus est extrêmement coûteux. Elles privilégient donc d’exploiter de nouvelles terres rares.

Dans un second temps, les Etats-Unis envisagent d’extraire les terres rares en recourant à l’eau de mer ou des déchets de charbon au lieu des substances chimiques. 

Enfin, de nombreux chercheurs se mobilisent pour étudier des alternatives aux terres rares pour les remplacer dans la composition des produits digitaux.

Et en France ?

La France n’est pas en reste concernant l’utilisation des terres rares et ses conséquences. En effet, dans le cadre de la loi contre le gaspillage et l’économie circulaire, la France prévoit de mettre l’accent sur la sensibilisation et l’information des consommateurs. A ce titre, la loi propose que “les producteurs et importateurs de produits générateurs de déchets informent les consommateurs, par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre procédé approprié, sur leurs qualités et caractéristiques environnementales, notamment l’incorporation de matière recyclée, l’emploi de ressources renouvelables, la durabilité, la compostabilité, la réparabilité, les possibilités de réemploi, la recyclabilité et la présence de substances dangereuses, de métaux précieux ou de terres rares”.

Afin d’alerter le consommateur sur le degré de pollution du produit acheté, la France souhaite, dans le cadre de la Responsabilité Élargie des Producteurs (REP),  également  informer le consommateur sur le bonus ou le malus attribué à chaque produit . Cette démarche a pour but d’inciter le consommateur à avoir une réflexion d’éco-conception. 

Enfin, la France souhaite indiquer sur un certain nombre de matériels, dont les smartphones, un indice de réparabilité. Il permettrait au potentiel acheteur de savoir si le produit est facile ou non à réparer en fonction de sa composition.

Pour aller plus loin ?

Au regard de tous les projets engagés par les Etats et de la conscience écologique de plus en plus développée au sein des sociétés, il semblerait que le monde du digital soit à un carrefour important dans son évolution : va-t-il continuer de se développer en recherchant le profit au détriment du respect de l’environnement ou va-t il réussir à préserver l’éco-système mondial tout en innovant ?

Un peu de lecture ?

Un peu de lecture ?

https://www.geo.fr/environnement/definition-terres-rares-scandium-yttrium-et-lanthanides-124433 https://www.youtube.com/watch?v=NCI3tqqsDj4
https://fr.statista.com/statistiques/571500/reserves-mondiales-de-terres-rares-par-pays/
https://reporterre.net/La-folie-du-smartphone-un-poison-pour-la-planete
https://www.statista.com/statistics/270277/mining-of-rare-earths-by-country/
https://www.lesechos.fr/monde/etats-unis/terres-rares-le-plan-de-washington-pour-ne-plus-dependre-de-la-chine-1026575
https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/dossiers/alt/lutte_gaspillage_economie_circulaire
https://www.zerowastefrance.org/loi-anti-gaspillage-information-consommateurs-decryptage/

Photo by Héctor Martinez on Unsplash


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Louis Poulain

Scrum Master/servant leader chez Wemanity

Agitateur d'idées, agiliste à plein temps, tombé dans la marmite il y a 4 ans.
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Formateur Scrum (PSPO I, PSM I)

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