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Economie de la création : Patreon ou le néo-mécénat

Nous avons tous vu naître et se démocratiser le crowdfunding depuis 2010 et rien n’est plus normal désormais que de participer financièrement à un projet : startupers, artistes ou créateurs de contenu, comme vous et moi, peuvent demander un soutien à leur communauté pour financer leur projet ou leur activité par un don, donnant lieu ou pas à une contrepartie… une nouvelle forme de mécénat.

Depuis quelque temps, en effet,  les créateurs de contenu et les artistes, lassés de travailler gratuitement pour proposer leurs oeuvres et contenus aux grandes plates-formes, se voient proposer de nouveaux moyens de financer leur activité. 

Tipee, apparue en France en 2013, permet de “tiper” ou donner un pourboire à des chaînes Youtube, des podcasts et autres blogs, afin de les aider à financer leurs émissions, acheter du matériel ou couvrir leurs frais de déplacement. Des plates-formes de newsletters ou de blogging comme Substack (qui restera gratuite pour #bonjourPPC, rassurez-vous) et Medium proposent aussi de monétiser des contenus avec des accès privilégiés à des abonnés payants… sans oublier OnlyFans, qui a beaucoup fait parler d’elle pendant le confinement (on vous laisse voir pourquoi).

C’est quoi Patreon ?

Patreon, créée en 2013 par le musicien Jack Conte, après une levée de fonds de 90 millions de $ qui la valorise (quand même) à 1,2 milliard de $, vient d’arriver en France. Visant la relation à long terme entre les créateurs et les fans, cette plate-forme s’annonce comme une révolution dans le domaine de la création. Comme Tipee, elle permet à des créateurs et créatrices (dans la musique, les podcasts, l’illustration, les arts visuels, la vidéo…) de se faire directement financer par des mécènes, ou “patrons”, mais avec un abonnement qui va de 3 à 25 € donnant droit à l’accès à des contenus exclusifs.

Aux Etats-Unis, c’est devenu très commun et Patreon se targue d’avoir pu financer 200 000 créateurs par 6 millions de patrons pour un total de 2 milliards de $ !

A quoi un « patron » peut avoir accès ?

Par exemple à un chat pour pouvoir échanger directement avec l’artiste, participer à des performances, avoir accès à des coulisses, participer à des brainstorming, voir une création se faire au fil du temps… bref des contreparties vraiment valorisantes.

L’argent va directement aux créateurs et créatrices, avec une commission minimum qui va de 5 à 12 % selon les formules. On parle défiscalisation ? Si elle est déjà possible aux States sous certaines conditions, en France, on ne peut pas mécéner directement une personne, il faut passer par une structure d’intérêt général.

Le plus de Patreon ? le « patron » peut participer à des projets sur le long terme, et c’est ça qui fait la différence : ça oblige à être vraiment créatif, car il est exigeant et peut se lasser, et ça permet en outre à l’artiste de créer un véritable partenariat avec une communauté bienveillante. “Solange te parle” est une des premières artistes francophones présente sur la plate-forme. Lassée des haters sur Youtube, elle apprécie la liberté de création que lui donne Patreon, qui lui permet de proposer, outre un Discord dédié pour les échanges directs, un podcast exclusif, des vidéos privées sur ses projets ou encore des contenus privés répondant aux questions posées par sa communauté.

Peut-on réellement gagner sa vie sur Patreon ?

Pour y arriver, il faut déjà avoir une communauté active, implantée et fidèle, et ceux qui ont une communauté anglophone ou travaillent sur un marché de niche sont avantagés. L’outil n’est pas réellement fait pour la découverte de profils, comme sur les plates-formes classiques de crowdfunding. En général, on y va, comme pour Tipee, parce qu’on est fan, que l’artiste l’a demandé expressément sur sa chaîne ou son blog, et qu’on veut réellement soutenir le projet. Cela ne permet sans doute pas de créer un salaire, mais c’est un outil de financement complémentaire qui donne un peu de respiration pour couvrir les frais généraux ou se libérer du temps pour créer.

En France, on a encore une certaine pudeur pour parler argent, et c’est d’autant plus vrai dans les professions artistiques, qui ont encore un gros complexe à se “vendre”, mais ce type de plate-forme permettra sans doute de s’en libérer. Il devient nécessaire de sortir du gratuit systématique de l’internet et de rémunérer les créateurs. Cela va les obliger à être plus exigeants et à produire plus de contenus, en se réinventant sans cesse et en utilisant et détournant les innovations technologiques qui apparaissent tous les jours sur le web. Qui aurait cru que Discord se serait autant démocratisé depuis le début de l’année ?

Et pour aller plus loin ?

Ce néo-mécénat est à suivre avec attention dans les mois qui viennent, avec sans aucun doute l’apparition de concurrents qui vont s’approprier ce nouveau mode de création et de soutien, et donner de la respiration aux artistes et créateurs de contenu dûrement touchés par la crise sanitaire !

Et, toi, es-tu prêt à devenir un néo-mécène ?

Photo Chronis Yan on Unsplash

DirCom dans la Culture & le mécénat / Co-fondatrice du collectif #LaClickduWeb / Comité édito #deLaRoom #BonjourPPC

Femme de culture, adepte de la sérendipité, adore les innovations, les usages et faire émerger des pépites en suscitant la rencontre entre les gens. Traqueuse de #fakenews

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